251221 - MUS QZD - MAURIZIO POLLINI - COMPLETE RECORDINGS ON DEUTSCHE GRAMMOPHON

 

 

 

 

 

251221 - MUS QZD - MAURIZIO POLLINI - COMPLETE RECORDINGS ON DEUTSCHE GRAMMOPHON

 

 



 

 

MAURIZIO POLLINI

Piano

« Complete Recordings on Deutsche Grammophon »

DG,  (62CD + 2DVD + 1 Blu-ray).

 

 

 

 

 

 



 

CHOPIN & HAYDN

« Concerto Avec piano n°1 – Symphonie n°102 »

Maurizio Pollini (piano), Orchestre National de Paris, Paul Kletzki.

Archipel.

CHOPIN – Concerto avec piano n°1.

HAYDN – Symphonie n° 102.

 

 

 

 

Architecte de la lumière

 

Chopin, Beethoven, Debussy, Berg, Schubert, Boulez, Schönberg, Brahms, Stravinsky … Tout ce que Maurizio Pollini a gravé pour DH entre 1960 et 2022. Trésors !

 

 

 

 

                     


 

 

 

Quand on pense à Maurizio Pollini (1942-2004), c’est souvent la précision implacable de son jeu qui vient d’abord à l’esprit. On connaît le mot d’Arthur Rubinstein au concours Chopin de Varsovie en 1960 : « Ce jeune homme ne joue déjà mieux qu’aucun d’entre nous ! » Cette sûreté technique s’incarne notamment dans une articulation volontiers détaillée (écoutez par exemple la D 845 en la mineur de Schubert enregistrée en 1973). Par-delà cette maîtrise, celui en lequel on a déjà vu un pianiste intellectuel voire froid parce qu’il jouait très bien la musique très sérieuse – depuis Bach jusqu’à Boulez en passant par Beethoven ou Brahms – avait aussi le don d’embraser les partitions et de déjouer les attentes.

Vous croyez Debussy impressionniste ? Filez à ces Études (1992) sans concession : de la fureur, des fusées, du sang, des éclairages vifs et des ombres creusées, presque des cris et des grognements. De l’humour aussi. On est loin de toute austérité ! On attendait de la gravité dans les trois dernières sonates de Beethoven : l’enregistrement de 1975-1977 affiche au contraire une sorte de tendresse dans l’approche, presque l’émerveillement d’un enfant. Il y a aussi cette prise de risque insensée qu’on retrouvera notamment dans une « Appassionata » de 2003 « radicale et percutante » (dixit Laurent Muraro, cf. n°733), qui rappelle l’engagement viscéral que mettait Pollini à la musique qu’il jouait.

Démonstration avec l’œuvre pour piano de Schönberg (1974), intégrale insurpassée où le musicien déploie un kaléidoscope chatoyant, laissant briller ici telle étincelle de lyrisme (oui, oui !), griffant là tel escarpement. Fils d’architecte, Pollini domine comme naturellement la forme de l’Opus 1 de Berg « avec des progressions et une maîtrise polyphonique ensorcelante », s’émerveillait Paul de Louit qui élevait cette version dans le quarté gagnant de son Œuvre du mois (cf. n°712). Sous oublier Trois mouvements de Petrouchka (dans son premier récital pour DG en 1971) aussi clarifiés que galvanisants.

 

Ton d’épopée

Ses gravures de Chopin montrent aussi quelle diversité revêtaient les approches de Pollini. À côté des Préludes (1974) lumineux « prouvant que l’expression peut naître de la plus grande rigueur sans délaisser pour autant le bel canto » (Jean-Yves Clément les emportait sur l’Île déserte, cf. n°705), le pianiste dresse un véritable théâtre dans les Polonaises aux arêtes vives (1975). Ce théâtre, on le retrouve dans une Sonate n°1 de Schumann affûtée aux contrastes accusés, aux éclats rageurs, aux douceurs déchirantes et intranquilles – un must, tout comme ces Davidsbündlertänze (2000) dans lesquelles « l’auditeur est suspendu à cet art du toucher et de l’agogique, qui fait parles les personnages et vivre le drame » (Bertrand Boissard, cf. n°685). Chez Pollini, le pianiste raffiné ne tourne jamais à vide et sert au contraire un propos intense, voire incendiaire, où mes foucades s’intègrent dans une forme suprême. Entre mille exemples, la D 959 de Schubert (1983) : au thrène de l’Andantino, aux sautillements du Schzerzo, le musicien sait mêler le ton d’épopée comme des vrombissements, le tout dans des sonorités somptueuses.

Sur le versant concertant, priorité aux n°1 et 2 de Bartok avec Abbado et Chicago alliant tranchant et verve rythmique dans les mouvements rapides à des adagios nocturnes. Les Beethoven sont plus inégaux, mais « L’Empereur » avec Böhm, les n°3 et 4 avec Abbado et les Berliner ont un charme fou, l’élégance répondant à l’autorité.

Pollini enregistra très peu de musique de chambre. Raison de plus pour chérir ce quintette de Brahms en osmose avec les Italiano (1979), équilibrant aussi bien la parole entre un piano très détaillé et des archets au son légèrement astringents que les affects de l’architecture. Cette Andante ! Quelle furia dans le Scherzo ! Quels mondes dans le finale ! Une grande version.

Si les dernières gravures, à partir de 2000, nous laissent parfois sur notre faim, ne négligeons pas celles de la fin des années 1990 et du début du millénaire. On y trouvera des Beethoven (« Waldstein » n°5, 6 et 7, « Pathétique ») d’une rare plénitude, ou une Sonate « Funèbre » de Chopin à la rhétorique bien libre en 2008 qu’en 1985, des mazurkas à la pureté de trait et aux murmures envoûtants.

 

Loïc Chahine

 

 

 

 

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